Comment Robert Marchand peut-il changer votre entraînement ?

by | Jan 6, 2017 | 0 comments

Pédaler une heure à 22,547 km/h. Cette performance n’est pas exceptionnelle en soi — elle correspond, le cliché n’est pas de moi, « à la vitesse moyenne d’un Français qui va chercher sa baguette à la boulangerie du coin ».

Or, venant de la part de ce Français, Robert Marchand, un homme de 105 ans et six semaines, elle est tout simplement prodigieuse.

Mercredi dernier, le cycliste centenaire a établi, sur la piste d’un vélodrome de la région parisienne, un nouveau record de l’heure dans une catégorie d’âge créée spécialement pour lui : les plus de 105 ans. Sous l’œil complaisant des caméras du monde entier, le sympathique bonhomme (il parait) a parcouru 92 tours de piste, couvrant ainsi la distance de 22 547 mètres. Pour être homologué par l’Union cycliste internationale, son record doit encore passer le cap du contrôle antidopage.

Un « pipi » positif est cependant peu probable.

Ce n’est pas la première fois que Robert « Bob » Marchand attire ainsi l’attention pour ses performances sportives. Le 17 février 2012, en Suisse, l’homme né le 26 novembre 1911 a réalisé le record de l’heure en cyclisme sur piste (24,1 km/h) dans la catégorie des 100 ans et plus, une nouveauté à l’époque. Puis, rebelote : le 31 janvier 2014, Bob améliore sa propre marque en parcourant 26 927 mètres en une heure. Sa performance n’est que 50,6 % moins rapide que celle de 54,526 km du détenteur du record mondial, Sir Bradley Wiggins.

Cet exploit lui a valu le titre de « meilleur athlète centenaire ».

Maintenant, LA grande question : pourquoi? Les pistes d’explications avancées sont exactement celles que vous imaginez : fume pas, boit pas, mange bien, bouge tous les jours, fait la sieste, et ainsi de suite. Bref, une excellente hygiène de vie doublée, fort certainement, d’un généreux patrimoine génétique. Plus prévisible que ça, tu meurs.

Peu se sont toutefois interrogés : coudonc’, comment s’entraîne-t-il donc?

ROBERT MARCHAND

Le 29 décembre 2016, soit environ une semaine avant la plus récente performance de Robert Marchand, une équipe de chercheurs français a publié une étude de cas sur le cycliste centenaire. Cette dernière offre une photo de ses capacités physiques à l’époque de ses deux premiers records, à 101 et 103 ans respectivement.

Puissance maximale aérobie (PMA), VO2Max, fréquence cardiaque maximale : tout y est.

Pendant cette période, on apprend notamment que le « sujet » a adopté un modèle d’entraînement de type « polarisé ». Ce dernier consiste à réaliser un gros volume d’entraînement à très basse intensité pour favoriser la qualité des entraînements de très haute intensité. En outre, l’accent était mis sur l’amélioration de la cadence de pédalage pendant ce dernier.

Concrètement, Robert Marchand a réalisé 80 % de son kilométrage à une intensité perçue de moins de 12 sur 20, ce qui est assez facile. L’autre 20 % était consacré à des séances plus difficiles supérieures à une intensité de 15 sur 20. Pendant chaque séance, il devait en outre tenir une cadence de pédalage entre 60 et 90 RPM, des vitesses relativement hautes. Autre fait cocasse : monsieur a roulé 5000 bornes par année.

Rien que ça.

Les résultats sont surprenants : en deux ans, la VO2Max du centenaire a grimpé de 31 à 35 ml.kg.min-1, une valeur équivalente à celle d’un homme de 45 ans. Mieux encore : la PMA de Robert Marchand est passée de 90 watts à 125 watts, une explosion de 39 % (!) due à une plus haute cadence de pédalage – de 69 RPM à 101 ans, elle est montée à 90 RPM deux années plus tard, à 103 ans.

En un mot comme en mille : wow.

POLARISATION

La conclusion évidente, celle mise de l’avant par les chercheurs : il est possible de bonifier sa condition physique bien après cent ans – l’étude de cas est d’ailleurs la première à établir ce fait. À la question : « Existe-t-il un âge pour arrêter de s’entraîner? », la réponse semble être négative.

De quoi réjouir les apôtres de la santé.

Plus spécifiquement, l’étude indique qu’un entraînement polarisé, pendant lequel on alterne les intensités de travail tout en améliorant le coup de pédale, a un effet bœuf, même chez les très vieux athlètes. De là à affirmer la suprématie de cette recette d’entraînement en montagne russe, dénué de travail à moyenne intensité (l’intensité « trou noir » selon certains), sur toutes les autres, il y a un pas difficile à franchir.

On peut toutefois affirmer la chose suivante :

Un peu de structure et de variabilité ne font jamais de tort à un programme d’entraînement