Trop exagérée, la récupération sportive nuit à l’entraînement

by | Mar 17, 2017 | 0 comments

Le scénario est toujours un peu le même. Un athlète d’endurance un peu trop zélé cherche à améliorer ses performances. Bien au fait que le repos fait partie intégrante de l’entraînement, il se met en tête d’améliorer sa récupération sportive à l’aide de moyens dont il a entendu parler ici et là.

Après tout, que peut-il y avoir de mal à se plonger une fois de temps à autre dans un bain glacé? Ou à se payer une bonne séance de massothérapie après une dure séance? Parfaitement légales, ces stratégies sont efficaces pour dissiper la fatigue causée par l’entraînement et ainsi reprendre le collier plus rapidement. Qui plus est, elles sont relativement simples et peu coûteuses à mettre en place, en plus de bien s’intégrer dans une routine.

La cerise sur le sundae : elles donnent l’impression de « faire quelque chose » plutôt que de se croiser les bras.

RÉCUPÉRATION SPORTIVE

Sans le faire exprès, le cycliste, coureur ou triathlonien qui mise sur ce stratagème vient pourtant de foutre en l’air ses efforts – du moins, en partie.

Car, à la place de laisser son organisme suivre le cours normal de sa récupération sportive, il interfère avec la cascade normale d’événements divers qui amènent le corps à s’adapter et se renforcir. Atténuer l’un ou l’autre de ces processus revient donc à atténuer, voire à annuler, certains des bénéfices qu’on recherche normalement en s’entraînant.

Autrement dit, c’est prendre un pas par en arrière après en avoir pris un par en avant.

Plusieurs gestes d’apparence anodins influencent le résultat final de l’entraînement. En voici trois parmi les plus courants, mais aussi parmi les plus faciles à arrêter.

1- AVALER DES ANTI-INFLAMMATOIRES

Si vous êtes du genre à avaler un comprimé d’Advil ou d’Aspirine avant ou après un entraînement, vous vous tirez dans le pied. Comme leur nom l’indique, ces anti-inflammatoires non stéroïdiens bloquent complètement toutes les réactions inflammatoires dans l’organisme. Or, l’inflammation est essentielle pour que les tissus du corps se « renforcent ».

Allons-y d’une analogie colorée : celle des Pac-Mans. Lors d’un entraînement, des Pacs-Mans (ou macrophages) viennent littéralement manger les muscles, les tendons et les autres structures sollicités. Paradoxalement, ce sont ces mêmes Pac-Mans qui le reconstruisent plus fort par la suite – à moins qu’on ne les annihile tous avec une anti-inflammatoire, bien sûr.

Selon une étude datant de 2010, l’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (sur un modèle animal) annule complètement les effets de l’entraînement. Une autre parue en 2012 recommande carrément de ne pas les utiliser de manière chronique.

Un conseil : tournez-vous vers le Tylenol (acétaminophène), qui est dénué d’effets anti-inflammatoires.

2- CONSOMMER DES MULTIVITAMINES

Les multivitamines, un composé fourre-tout dans lequel on retrouve certes des vitamines, mais parfois aussi des minéraux et des produits naturels, ne sont pas juste inutiles pour les athlètes d’endurance. Elles nuisent aussi à leur entraînement.

À l’exercice, le corps humain produit ce qu’on appelle des radicaux libres, des molécules d’oxygène un peu « fofolles » qui endommagent l’organisme et causent de la fatigue. Paradoxalement, ce stress oxydatif est aussi responsable de plusieurs adaptations souhaitables qui découlent de l’entraînement, dont la création de nouvelles mitochondries, ces petites usines d’énergie dont sont parsemées les cellules. Bref, on ne veut pas interférer avec ce processus.

Pourtant, c’est précisément ce qu’on fait lorsqu’on consomme des suppléments vitaminiques. Les doses massives de vitamines A, C et E qu’ils contiennent sont de puissants antioxydants qui court-circuitent la réaction normale de l’organisme au stress oxydatif.

Résultat? Une revue de 71 études sur le sujet publiée en 2015 conclut, que de « consommer régulièrement des antioxydants a des effets délétères sur les performances. »

3- ENFILER DES BAS DE COMPRESSION

Les bas de compression nuisibles à l’entraînement? Non, je ne suis pas tombé sur la tête. Plusieurs études, dont celle-ci, concluent que de porter ces bouts de tissus colorés lors d’un exercice réduit les courbatures, les dommages musculaires et la perte de puissance après ce dernier. L’effet de ces « super vêtements » est toutefois modeste.

Réels ou subjectifs, ces effets peuvent créer de l’interférence avec l’entraînement. Par exemple, on peut penser qu’un coureur qui ne s’aventure jamais sur le pavé sans sa paire de bas ou de manchon de compression « surprotège » ses mollets, les rendant ainsi un plus paresseux qu’ils ne devraient l’être.

L’idéal reste de les utiliser uniquement à certains moments clés de l’année, comme lors de certains entraînements clés ou en compétition. La douleur de certains bobos de coureurs, comme des périostites, peut aussi être grandement diminuée par ce type de vêtements. Dans ce cas, les bénéfices reliés au port d’un vêtement de compression surpassent peut-être les inconvénients.