Comment contaminer positivement vos performances à l’aide du yoga

by | Nov 21, 2016 | 0 comments

Un haut volume d’entraînement s’accompagne parfois d’effets fâcheux. Parlez-en aux entraîneurs de l’équipe italienne de patinage de vitesse courte piste qui, à deux ans des Jeux olympiques de Sotchi, ont été confronté à ce problème.

Lors du camp d’entraînement estival de l’équipe, véritable clef de voûte à une saison de compétition synonyme de succès, les patineurs sont incapables de mener à bien leurs entraînements hors-glace. La fatigue accumulée à force de tourner jusqu’à deux fois par jour autour d’un anneau de glace interfère, semble-t-il, avec leur capacité de pratiquer des exercices de musculation, de courir ou de pédaler.

Que faire ? Dans un sport où le discours dominant veut que « performance » rime avec « nombre de tours de piste effectuée à l’entraînement », il n’est pas question de couper dans le patin. De la même manière, impossible de mettre la hache dans les entraînements croisés qui, à défaut d’être spécifiques au patinage de vitesse courte piste, renforcent tout de même des qualités physiques souhaitables.

Face à cet éternel dilemme – je parie dix dollars que vous y avez déjà été confronté -, les entraîneurs de l’équipe italienne optent pour une approche pour la moins osée. Leur solution : un peu de Chien à tête baissée, un soupçon de Guerrier 1 et quelques poses Poses de l’aigle.

Eh oui : ils se sont tournés vers le yoga.

Le yoga dans l’air du temps

Soyons franc : le sujet n’est pas particulièrement nouveau. Cela fait plusieurs années qu’on entend parler d’athlètes de haut niveau ayant inclus à leur entraînement cette pratique millénaire ou un de ses nombreux dérivés. Par exemple, dans les pages du magazine Espaces, je rapportais que « même la terrifiante équipe de rugby néo-zélandaise All-Blacks y fait appel ». C’était en… 2013

Depuis, le phénomène a pris de l’ampleur et atteint désormais le grand public. Une simple recherche sur les zinternets permet de dénicher une tonne d’informations sur le sujet. « 10 poses de yoga pour cyclistes », « Le yoga pour les triathlètes », « Routine de quinze minutes pour coureurs » : vraiment, il y a de quoi s’inspirer longtemps. Flairant la bonne affaire, des compagnies se mettent aussi à offrir des cours de yoga pour sportifs, comme l’explique La Presse +.

Malheureusement, les raisons avancées pour expliquer l’efficacité de cet entraînement croisé se cantonnent souvent dans l’ésotérisme. Non, je ne souscris pas à l’explication voulant que les exercices de respiration en yoga aident à « oxygéner les cellules du corps » (le contraire serait surprenant). Ni à celle voulant que la répétition de mantras aident à apaiser les tensions et renforcer la « dureté du mental ». Quelqu’un a parlé d’alignement des chakras?

Et si le yoga développe bel et bien la flexibilité, cet argument souvent avancé pour en justifier la pratique chez les sportifs reste démesurément simpliste.

Ou plutôt : il passe à côté de l’essentiel.

Contamination positive

Le domaine d’expertise d’un sportif, peu importe sa discipline, c’est le mouvement. Pas de courir, lancer ou sauter, mais bien d’être en mesure de mouvoir efficacement son corps dans l’espace dans un contexte donné. Pour y arriver, pas le choix : il doit mettre en œuvre de nombreux « micro-ajustements ».

Par exemple, un coureur qui monte une côte doit ajuster l’alignement de ses membres les uns par rapport aux autres afin de ne pas se voûter. En même temps, il doit s’assister avec ses bras, lever suffisamment ses genoux, pousser avec ses fesses, sans perdre le fil de ce qui se passe devant et sous ses pas. Et ainsi de suite.

Un « bon » athlète est donc quelqu’un qui est en mesure d’apporter l’ensemble de ces petites modifications en temps réel, relevant ainsi le niveau de ses performances. Comme un « bon » musicien qui sait jouer de plusieurs types de musique, voire de plusieurs instruments, il dispose d’un vaste répertoire de mouvements qu’il est en mesure d’utiliser quand bon lui semble.

Il est, en somme, un virtuose dans son domaine qui est de bouger.

C’est parce que le yoga développe et enrichie ce répertoire qu’il est si efficace. L’exécution de postures complexes et variées force l’athlète à développer une conscience de son corps, à ajuster ses contractions musculaires, à penser à la position de son petit orteil par rapport à celle de sa tête. Par la bande, il intériorise l’utilité du « core », apprend à différencier une « bonne » posture d’une « mauvaise », se situe mieux dans l’espace.  

Bref, il devient un peu moins moron moteur. Et ce faisant, il contamine positivement sa pratique sportive principale – surtout si cette dernière est répétitive et très intense, comme c’était  le cas des patineurs de vitesse courte piste italiens.

D’ailleurs, l’application de cette solution inusitée pendant leur camp d’entraînement estival a été couronné de succès. Outre une réduction significative de l’incidence de blessures, les entraîneurs ont remarqué que leurs protégés patinaient mieux – en fait, ils dissociaient leur hanche de leur tronc, une compétence clé en patinage courte piste.

Plus important encore : l’interférence entre les entraînements hors-glace et sur glace est soudainement disparue. Tout ça en trente-six sessions disséminées sur huit semaines.

C’est ce que j’appelle du temps bien investi.

 

Quelles sont vos préoccupations ? 

Coach Bill veut le savoir ! C’est pourquoi il vous invite à répondre aux questions suivantes. Ça prend deux minutes, littéralement.

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