Fatigue à l’exercice : blâmez votre cerveau, pas vos jambes

by | Oct 17, 2016 | 0 comments

L’histoire des neurosciences est remplie d’expériences qui donnent froid dans le dos. Celle menée en 1907 par le lauréat anglais du prix Nobel Sir Frederick Gowland Hopkins correspond en tout point à cette définition, peut-on lire dans l’ouvrage The Athletic Brain.

Dans son papier, le physiologiste et chimiste raconte comment, à partir d’un mélange de glace et d’alcool (96 %), il a mesuré le contenu en acide lactique des muscles de pattes de grenouilles fraîchement excisées. Ce film d’horreur Cette étude a été la première à démontrer que cette substance honnie des sportifs s’accumule dans les muscles lorsque ces derniers sont privés d’oxygène.

Surtout, elle a pavé la voie à l’idée selon laquelle le cœur, les poumons et les muscles sont les seuls responsables du développement de la fatigue à l’exercice. Comme une voiture, notre corps est en mesure de continuer à courir, pédaler, nager tant et aussi longtemps que les muscles sollicités ne manquent pas d’énergie ou ne sont pas « brisés » par l’acide lactique – dans lequel cas il est forcé à l’arrêt.

Cette conception de la fatigue à l’exercice est celle qui persiste encore aujourd’hui et qui est enseignée dans les universités de par le monde.

Seul problème : il manque un acteur majeur dans l’équation. Son nom : le cerveau.

La ligne d’arrivée

– « La ligne d’arrivée, enfin ! »

C’est immanquable, je ne peux m’empêcher d’ouvrir la machine dans les derniers mètres d’une course. Je ne suis pas le seul : dans toutes les disciplines d’endurance, on voit ce phénomène se répéter à la ligne d’arrivée. Sprint, kick, échappée, name it : tout le monde y va d’un dernier effort bien senti. C’est normal. Après tout, n’est-ce pas la fin de l’épreuve ?

Justement, ce ne l’est pas, du moins si l’on se fie au modèle classique de la fatigue à l’exercice. Selon elle, les muscles, épuisés, devraient être à un point de rupture, synonyme de ralentissement considérable et d’arrêt de l’exercice. Pourtant, ils font tout le contraire en produisant une ultime pointe de vitesse dans les derniers moments d’une course.

Autrement dit, ils contredisent la théorie.

Un phénomène semblable s’observe lorsqu’on analyse le contenu des muscles d’individus à qui on a demandé de s’éreinter jusqu’à l’épuisement. Même si ces derniers sont à bout – ils notent 10 sur 10 sur une échelle de perception de l’effort – leurs muscles disposent encore d’une marge de manœuvre suffisante pour poursuivre l’exercice pendant plusieurs minutes.

Il semble donc exister un écart entre ce que les gens perçoivent comme étant leur limite et celle qu’ils pourraient atteindre.

Fatigue à l’exercice

Le grand responsable de ce décalage n’est nul autre que le cerveau, ou « gouverneur central » comme l’appellent les tenants de cette hypothèse controversée explicitée en 2012.

Selon eux, ce gouverneur bienveillant reçoit et interprète de manière subconsciente l’ensemble des signaux qui proviennent de l’organisme et de l’environnement. Après analyse de la dangerosité de la situation, il produit une sensation de fatigue à l’exercice donnée qui force l’athlète à accélérer ou à ralentir.

Son but : préserver l’équilibre du corps et de lui-même (homéostasie), ce qui explique pourquoi il maintient des limites « sécuritaires » lors de l’exercice.

Prenez l’exemple de la ligne d’arrivée. À la vue des derniers mètres d’une course, notre gouverneur reçoit le signal que cette dernière, potentiellement dangereuse pour l’intégrité de l’organisme, tire à sa fin.

Résultat : il relâche son contrôle sur l’ensemble de l’organisme en abaissant la perception de fatigue – ce qui permet de finir en beauté.

Changement de paradigme

Si cette théorie est vraie, cela veut donc dire que c’est le cerveau, et non le cœur, les poumons et les muscles, qui nous empêche d’atteindre nos véritables limites. Plus important encore, cela signifie qu’intervenir sur ce dernier – et sur les facteurs qui l’influencent – permettrait d’atteindre des sommets inégalés de performance.

C’est précisément ce qu’ont fait des chercheurs brésiliens en 2015. À l’aide de la stimulation transcrânienne à courant direct, une méthode qui consiste à stimuler certaines régions spécifiques du cerveau par un faible courant électrique (pensez à des électrochocs, mais 500 à 1000 fois moins fort), les scientifiques ont haussé de 4 % les performances d’un groupe de cycliste lors d’un test d’effort maximal.

Une telle méthode changerait carrément le mode de communication entre les neurones qui composent la région du cerveau ciblée.

De nombreuses autres études vont en ce sens. Être frais mentalement plutôt qu’épuisé améliore les performances en endurance, tout comme la présence de compétiteurs, qui permet d’accéder à une « réserve physiologique » insoupçonnée. 

Même chose en qui concerne l’ingestion d’acétaminophène, l’analgésique utilisé dans les Tylenols. Ou de caféine, qui bloque l’adénosine, une molécule qui s’accumule dans le cerveau et qui cause en partie la sensation de fatigue à l’exercice.

En fait, à peu près tout, de la température aux émotions en passant par les superstitions, est susceptible d’influencer le gouverneur central.

C’est ce qu’on appelle un changement complet de paradigme.

 

Quelles sont vos préoccupations ? 

Coach Bill veut le savoir ! C’est pourquoi il vous invite à répondre aux questions suivantes. Ça prend deux minutes, littéralement.

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