La facilitation sociale : tirer parti de la présence d’autrui à l’entraînement

by | Oct 7, 2016 | 0 comments

En plus d’être un pionnier de la psychologie sociale, Norman Triplett était aussi un amateur de courses cyclistes. Ce n’est pas rien : en 1898, soit cinq années avant la naissance de Tour de France, la petite reine n’était même pas encore dotée de changement de vitesse.

Cela n’a toutefois pas empêché le scientifique d’observer une tendance fascinante chez les coureurs cyclistes. En étudiant les résultats de la saison 1897 du livre des records de la Ligue américaine des cyclistes, le chercheur de l’université de l’Indiana remarque que les athlètes qui roulent en présence de concurrents ont tendance à aller plus vite que lorsqu’ils sont seuls, à rouler contre-la-montre.

Plusieurs théories – plus de huit ! – sont alors avancées pour expliquer ce phénomène. Parmi elles, notons celles de la « succion » et de « l’abri » qui avancent, en gros, qu’un coureur qui se cache à l’arrière d’un autre profite d’un effet d’aspiration bénéfique pour les performances. En 1898, les coureurs soutenaient notamment cette idée qui, aujourd’hui, relève du gros bon sens – à 32 km/h, suivre un autre coureur réduit la consommation d’oxygène d’environ 18 %.

Norman Triplett avait toutefois une interprétation radicalement différente. Selon lui, la présence de compétiteurs produirait un « effet dynamogène » sur les performances des cyclistes. Ou comme il l’écrit : « la présence physique d’un adversaire constitue à elle seule une stimulation de l’esprit de compétition […] un moyen d’accéder à de nouvelles ressources […] une incitation à fournir un plus grand effort. »

L’expérimentation dont il fait ensuite état étaye son hypothèse : la présence d’autrui a bel et bien une influence positive sur la performance individuelle, indépendamment d’autres facteurs.

La facilitation sociale à l’œuvre

Dans le domaine du sport d’endurance, les occasions d’observer le phénomène de « facilitation sociale » – nommé ainsi en 1924 – à l’œuvre sont nombreuses. Lors d’un entraînement de club sur piste d’athlétisme, d’une sortie de vélo entre amis se concluant par la montée d’une « bonus hill » ou d’un triathlon : les situations où il est possible d’appliquer la règle #5 en présence de compétiteurs ne manquent pas, et ce qu’ils soient réels.

Ou présumés.

Prenez cette étude de 2012. Les chercheurs de l’université de Portsmouth ont demandé à quatorze volontaires de rouler aussi vite que possible sur un parcours virtuel de 2000 mètres projeté sur un écran. À trois reprises, les participants se sont donc exécutés, faisant ainsi progresser leur avatar généré par ordinateur.

Après cette étape de familiarisation, la compétition. Sur le même parcours virtuel de 2000 mètres, chaque participant devait répéter le même effort, mais cette fois-ci en présence d’un avatar représentant la performance d’un compétiteur. Jusque-là, rien de bien surprenant, hormis que le compétiteur présumé représentait en fait leur meilleure performance lors de l’étape de la familiarisation.

Autrement dit, on leur avait menti.

Peu importe, puisque les cyclistes ont tout de même surpassé l’avatar adverse. Pour ce faire, ils ont maintenu une puissance moyenne plus élevée en seconde moitié d’épreuve grâce à une plus grande contribution de la filière anaérobie. Les chercheurs anglais concluent que leur étude valide l’existence d’une « réserve physiologique » accessible en situation de compétition directe.

Une belle manière de dire que l’autre est une clé à un potentiel insoupçonné.

Ces travaux ne sont pas les seuls à expliquer comment, par exemple, vous êtes en mesure de retrancher plusieurs secondes par kilomètre à votre allure habituelle lors d’une course de cinq kilomètres. Dès 1968, il avait été observé qu’il est possible de pédaler 20 % plus longtemps lorsqu’on se trouve en présence d’individus d’un calibre similaire au sien.

La seule motivation de battre l’autre réduit la perception de l’effort qu’on ressent. Pour un même effort, on se sent donc moins fatigué. Et vice-versa : pour une même sensation de fatigue, on va plus vite.

Même un incitatif financier n’a pas cet effet. C’est tout dire.

Comment tirer parti de ce phénomène?

Voici trois manières de profiter de la facilitation sociale à l’entraînement afin d’améliorer la qualité globale de ce dernier.

Stratégie 1 – Trouver du calibre similaire au sien

La simple présence d’autrui n’est pas suffisante; pour espérer améliorer ses performances individuelles, encore faut-il être mis à l’épreuve. C’est pourquoi il est préférable de s’entraîner en compagnie d’athlètes de niveau similaire au sien. Mieux encore : recherchez la compagnie d’individus légèrement plus forts que vous. Certes, vous serez bon pour quelques volées monumentales – mais qui vous assureront une progression intéressante.

Stratégie 2 – Des compétitions à l’entraînement

Les sprints de pancarte, les compétitions de grimpe (KOM) et les entraînements en groupe sur piste sont autant d’occasions de transformer une séance ordinaire en concours de celui (ou celle) qui pisse le plus loin. Sans en abuser – chose facile dans une logique de club ou d’équipe -, trouver des prétextes au quotidien pour se pousser à fond est synonyme d’entraînement de qualité.

Stratégie 3 – Abonnez-vous à Strava

Le temps (ou le courage) vous manque pour rouler ou courir avec des athlètes de votre calibre ? Avec le réseau social pour sportifs Strava, vous pouvez rentrer en compétition avec les athlètes de votre région n’importe quand. Comme nous l’avons vu, la compétition n’a pas besoin de se situer à côté de vous pour vous inciter à pousser plus. Réelle ou présumée, de la compétition reste de la compétition.

Quelles sont vos préoccupations ? 

Coach Bill veut le savoir ! C’est pourquoi il vous invite à répondre aux questions suivantes. Ça prend deux minutes, littéralement.

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