Comment s’entraîner de manière autonome

by | Jan 9, 2018 | 0 comments

J e considère mon entraînement comme quelque chose d’imminemment personnel. Ses répercussions se font sentir dans toutes les sphères de ma vie et dans les moindres recoins de mon emploi du temps. En confier les rênes à quelqu’un d’autre? Impossible : c’est bien trop intime.

En treize ans de pratique de sports d’endurance, jamais personne ne m’a dit quoi faire, comment et quand. C’est ainsi, essentiellement par essai et erreur, que j’ai développé une profonde sensibilité à ce qui fonctionne (ou non) pour moi en matière d’entraînement. Deux semaines pour un affûtage? C’est bien trop long; sept à dix jours me suffisent amplement. De la musculation en salle pour mieux courir? Je préfère de loin monter des côtes.

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Être mon propre coach m’a surtout permis de devenir un excellent homme-orchestre. Aujourd’hui, je suis mon athlète, mon entraîneur personnel, mon nutritionniste, mon psychologue sportif, mon commanditaire – bref, je porte tous ces chapeaux à la fois et même plus !

À l’analyse coût-avantage, les avantages d’une telle approche de l’entraînement l’emportent à mon avis aisément.

Ce qui ne veut pas dire que c’est facile pour autant. Parfois, on prend de mauvais plis. Souvent, on perd de vue l’essentiel et on frappe un mur, sans possibilité de revenir en arrière. Ni de blâmer quelqu’un, sauf soi, bien sûr. De là l’idée d’avoir des principes phares auxquels se référer pour regagner le droit chemin.

Voici les miens pour vous guider dans ce processus d’honnête subjectivité.

Commencer aux extrêmes et converger

S’  entraîner pour un sport d’endurance, c’est composer avec deux qualités opposées, mais complémentaires à la fois : l’endurance et la vitesse (ou puissance, selon la discipline). Ensemble, elles forment les deux extrêmes d’un même continuum sur lequel le curseur de la forme physique s’aligne et bouge en fonction de la nature de l’entraînement.

Un simple coup d’œil au contenu d’une séance permet donc de prédire dans quel sens elle poussera celui qui la réalise. Compléter une longue ride de vélo en endurance fondamentale, c’est se rapprocher du côté « endurance » de l’équation. Et vice-versa : on tend davantage vers la vitesse/puissance lorsqu’on aligne des 400 mètres autour d’une piste à une vitesse flirtant avec son 100 %.

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Le principal avantage de ce modèle est sa grande simplicité, synonyme d’utilité. Dès lors qu’on sait où notre objectif se situe sur ce spectre, on peut élaborer un plan d’entraînement — une succession de séances sur une période de plusieurs mois — qui nous y fait converger tranquillement, graduellement, subtilement.

Vous vous préparez pour un marathon? Mettez (presque) tous vos œufs dans le panier de l’endurance. Pour un 5 kilomètres? Misez encore une fois sur l’endurance, mais incorporez tout de même une bonne dose de la vitesse. Une course de cyclisme sur route? Vous devez atteindre l’impossible équilibre entre les deux pôles. Bonne chance.

Garder en tête le « big picture »

Ê tre le timonier de son propre navire vient avec son lot de pentes glissantes. Il ne suffit qu’un grain de sable pour enrayer la machine du quotidien et avoir l’envie soudaine d’annuler telle séance ou de modifier le contenu de telle autre. Il y a aussi le risque bien réel de se mettre des œillères et de perdre de vue le contexte global dans lequel on évolue, comme je l’explique ici.

Pour éviter ces écueils, il faut objectiver les choses, les officialiser. Chaque semaine, j’enlève mon chapeau de sportif avant de revêtir celui de coach. Puis, je m’assois afin de faire un bilan des derniers jours.

Pendant cet examen, tout y passe : mes sensations lors de mes entraînements, les données récoltées, mes bobos, ma fatigue, mon humeur en général.

Le but : consigner l’ensemble de ces observations dans un journal de bord (mieux connu sous le nom de fichier Excel).

Vient ensuite l’étape de la planification. Sur papier — je suis de ceux qui ressentent mieux les choses ainsi —, je couche le programme des jours d’entraînement à venir. Séance par séance, je m’ingénie à inventer le meilleur agencement possible entre repos et fatigue, endurance et vitesse, entraînement et vie personnelle. Une fois l’exercice complété, je remets mon couvre-chef de coach sur la patère, question de le retrouver à la même place la semaine prochaine.

À chaque séance sa pertinence

« D  ans quel but vais-je m’entraîner? » La question est on ne peut plus claire. La réponse, toutefois, ne l’est pas toujours. Et c’est un problème, puisque le temps et l’énergie ainsi investis dans sa préparation ne rapporteront pas les dividendes escomptés. C’est inévitable : s’entraîner à la petite semaine, selon son humeur et l’inspiration du moment, permet tout juste d’atteindre une forme physique correcte. Pas olympienne, juste correcte.

Pour prendre un peu d’élévation et effleurer son plein potentiel, chaque séance doit paver la voie à la suivante, qui elle-même doit s’articuler avec la prochaine, jusqu’à l’atteinte de ses objectifs.

Pas de place pour l’arbitraire ou l’à peu près; on souhaite que le «sens» d’un entraînement soit clair, net et précis, de manière à pouvoir y greffer un contenu approprié.

Lundi? Récupération active « mollo ». Mardi? Entraînement par intervalles longs afin de développer l’endurance. Mercredi? Longue sortie en continu avec plusieurs côtes à gravir. Et ainsi de suite.

Ce qui ne veut pas dire qu’il est interdit de faire preuve de spontanéité. Certaines occasions impossibles à refuser se présentent parfois à la dernière minute. Ici, deux solutions : en adapter le contenu afin qu’elles correspondent à ses propres besoins. Ou s’assurer que l’exécution de cette séance toute droite tombée du ciel ne nuira pas à la suite du plan.

Traduction : une sortie dominicale en compagnie de l’élu.e de son cœur, c’est oui. Un WOD — improvisé par définition — au centre de CrossFit du coin, c’est non.

 

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