Pourquoi l’entraînement pour le triathlon est-il si facile?

by | Oct 23, 2017 | 0 comments

Le triathlon m’exaspère – ou plutôt, m’exaspérait. Après m’y être converti, le temps d’une saison, je comprends mieux pourquoi certains préfèrent s’entraîner dans trois disciplines d’endurance plutôt que dans une seule. Cela a à voir avec la nature même du sport, qui force à varier les plaisirs plutôt qu’à cogner continuellement sur le même clou.

J’étais comme plusieurs d’entre vous et je les toisais d’un œil méfiant, avec leur inclination naturelle à en faire trop. Trop d’argent investi dans leur ti-casse à visière, leurs bas compressifs colorés et leur montre qui ne cesse de hurler. Trop de phrases clichés tant de fois répétées qu’elles sont érigées au rang de vérité – vous savez, le désormais célèbre « t’es une machine »?

Surtout, trop d’heures consacrées à nager, pédaler et courir, dans l’ordre ou dans le désordre, dans ce qui me paraissait être un incessant concours de quéquette afin de savoir qui s’entraîne le plus.

Eux, ce sont les triathlètes, ou « triathloneux » pour les intimes. Pendant longtemps, je les ai regardé aller sans trop comprendre à quoi ils carburent pour soutenir le rythme de leur propre sens de la démesure.

Jamais ne me serait venu à l’esprit de me tapper un petit jogging après avoir pédalé comme un forçat de la route – ç’aurait été un viol de la règle #42! Et vice-versa : à quoi bon enchaîner les foulées avec les jambes dévissées à force d’avoir trop moulinées? Sans parler de la saucette en wetsuit qui précède tout ça.

« Anyway, je nage comme une roche », me disais-je.

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Jusqu’à temps que je m’inscrive à un Ironman 70.3. Et que je comprenne qu’il est plus facile – mais pas moins payant – de s’entraîner pour trois disciplines plutôt que pour une seule. Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître.

Il n’y a pas eu de moment magique, comme dans les films. Ni de rencontre marquante avec un preacher des transitions (lire : un coach de triathlon) qui possède la Vérité. Au contraire : ce que j’ai fini par piger a fait son chemin graduellement, au fil des entraînements, en prenant bien son temps.

Ironman contre marathon

Ironman ou marathon : laquelle des deux disciplines recquiert la préparation la plus difficile? C’est la question à laquelle a essayé de répondre un groupe de chercheurs espagnols. Leur étude, parue en mai dernier dans la revue scientifique Frontiers of Physiology, est fascinante.

Les scientifiques y ont sélectionné 15 triathlètes Ironman et 15 coureurs de marathon qu’ils ont ensuite soumis à un programme d’entraînement identique – et très classique – de 16 semaines. Les 30 participants avaient un profil similaire : même âge, même composition corporelle, même VO2Max, même expérience relative.

Des copies conformes, ou presque.

À Lire – Votre réponse à l’entraînement diffère de celle du voisin

Tous ont ensuite été suivi pour toute la durée de leur entraînement, jusqu’au jour J. Chemin faisant, ils ont rempli quotidiennement un journal de bord, dans lequel ils notaient différents détails relatifs à leur préparation.

À la fin du processus, les chercheurs ont quantifié les sitmuli à l’aide de l’Objective Load Scale, qui attribue un score à chaque séance selon le type de sport pratiqué, sa durée et son intensité. Cette méthode est d’ailleurs l’une des rares qui permet de comparer les charges d’entraînement de différentes disciplines entre elles, peut-on lire ici.

Sans surprise, les triathlètes se sont beaucoup plus entraînés que les marathoniens; près de 13 heures par semaine en moyenne pour les premiers comparativement à 5 heures pour les seconds! Même chose pour le volume d’entraînement total, la charge totale et la charge hebdomadaire.

Une fois relativisés, les résultats dévoilent néanmoins un tout autre portrait, cette fois-ci à l’avantage des marathoniens. En gros, chaque heure de préparation pour courir 42,2 km est plus taxante que la même heure passée à s’entraîner pour un Ironman. En outre, les coureurs investissaient plus de temps et d’effort à l’entraînement pour chaque minute de compétition que les triathloniens.

Conclusion? « En dépit du volume d’entraînement plus élevé des triathlètes, la qualité globale d’entraînement requis pour courir un marathon rend la préparation à cette épreuve plus difficile [que celle à un Ironman] », écrivent les chercheurs.

Triathlon et spécialisation 

L’autre jour, peu après une âpre passe d’armes dans la montée vers la plage Fortier, on m’a lancé : « Je ne comprend pas, tu t’entraînes dans trois sports différents et t’arrives quand même à suivre. »

J’ai répondu : « Peut-être est-ce parce que je m’entraîne dans trois disciplines que je pédale comme un dingue ? »

Se passionner pour un sport, s’y consacrer corps et âme, semble être devenu la norme dans un monde qui valorise la (sur)spécialisation.

Dans le processus, on oublie que l’organisme n’a pas un potentiel d’adaptation infini. Que même avec du repos et un entraînement calibré au quart de tour, il finit pas être saturé, un peu comme une éponge gorgée d’eau.

Que l’utilité marginale de chaque entraînement supplémentaire dans une même discipline est nécésairement décroissante.

Éventuellement, les plateaux arrivent, comme les contre-performances. Et les blessures.

Pour se sortir de l’impasse, on peut dès lors ralentir et ramener la pratique sportive à son strict minimum (et devenir débile dans le processus). Ou opter pour des formes d’entraînement complémentaire, ou cross-training. Ce en quoi consiste dans le fond le triathlon.

Comme l’étude espagnole le démontre, on y gagne la possibilité d’effectuer un très grand volume d’entraînement, sans toutefois le ressentir aussi durement. Il y aussi le taux moindre de blessures dû à la grande variété de stimuli « mécaniques » qu’on s’impose.

Et finalement, il y a la motivation renouvellée. On ne le souçonne pas, mais pratiquer trois disciplines simultanément – tout en les combinant une fois de temps à autre – ouvre de nouveaux horizons.

Vraiment, vous devriez l’essayer.

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