Pourquoi courir sur la neige est bon pour les performances

by | Jan 13, 2017 | 0 comments

Courir l’hiver n’est pas une sinécure. Le coureur doit tantôt composer avec la succession des vortex polaires, tantôt ne pas tenir compte des caprices bipolaires de Dame nature afin de battre de la semelle. Résultat : empiler les kilomètres devient rapidement une gymnastique complexe qui met le moral à rude épreuve. 

La météo capricieuse est toutefois bien peu de chose comparativement à l’état des rues et trottoirs lors de la saison froide. Enneigées, glacées, raboteuses, car minées par l’action répétée des abrasifs, les surfaces de course ressemblent à s’y méprendre à des cratères volcaniques sur lesquels il est impossible d’imprimer une foulée efficace. À chaque enjambée prise, l’impression bien réelle de reculer de deux pas se fait ressentir.

Avance, recule. Avance, recule…

J’exagère? Pas selon mes pieds, qui ne cessent de faire de la drift dans les jours suivants des accumulations de neige. Ni selon ma montre GPS, qui me raille en refusant d’afficher les vitesses auxquelles je cours normalement. 

C’est de la provocation.

Heureusement, courir sur la neige a aussi du bon pour les performances – une chance, car, à moins d’être un snowbird invétéré, le coureur québécois moyen est pour ainsi dire captif de cette situation. Paradoxalement, il faut tourner son regard vers les destinations tropicales afin de mieux comprendre pourquoi.

Un petit tour sur les plages, ça vous dit?

SPARTIATE

On disait Percy Cerutty excentrique; le mot n’est pas exagéré. L’entraîneur australien, qui a sévi principalement dans les années 1950 et 1960, a mis sur pied une approche de la préparation physique spartiate centrée sur l’absence d’alcool, l’interdiction du tabagisme et, étrangement, la proscription d’échanges (?) avec d’autres individus la nuit venue. Entre autres, il défendait à ses disciples, dont certains ont connu un réel succès, de consommer des produits à base de farine blanche, cette dernière étant assimilée à du « poison ».

Toute ressemblance avec des gourous des temps modernes est fortuite.

Plus sérieusement, Cerutty recourrait abondamment à des dunes afin de préparer ses athlètes. La légende veut qu’il exigeât de ces derniers qu’ils y fassent des dizaines de courtes pointes de vitesse – jusqu’à une cinquantaine! Une manière, disait-il, de bâtir l’endurance, la force musculaire et l’explosivité.

Bref, de devenir un meilleur coureur.

Sans surprise, la science donne aujourd’hui raison à l’Australien. Courir sur du sable (ou de la neige) exige 1.6 fois plus d’énergie que de courir sur une surface dure et constante. Cette dépense énergétique supplémentaire provient en partie des muscles des pieds, des mollets et des jambes qui sont davantage sollicitées. Pour se déplacer, pas le choix : le coureur doit mobiliser davantage de fibres musculaires.

L’autre volet de l’explication a trait à l’efficacité même de la foulée. Sur une surface dure, la jambe d’un coureur agit un peu comme un ressort qui se déforme à répétition, relâchant de « l’énergie élastique » à chaque foulée. Sur une surface instable, l’action de ce ressort est compromise; moins d’énergie élastique est accumulée et relâchée, en partie à cause du fait que le pied n’a pas d’appui stable.

C’est d’ailleurs ce manque de stabilité qui explique les courbatures dans les mollets après une (trop) longue course sur du sable (ou de la neige, au risque de me répéter).

Ça, puis les blessures aux muscles ceinturant la cheville.

COURIR SUR LA NEIGE

Derrière cette plus grande sollicitation de l’organisme à l’effort se profilent de véritables bénéfices pour les performances. Par exemple, une étude rapporte une amélioration de 10 % de la VO2Max de coureurs ayant intégré, à raison de deux sessions d’une heure par semaine pendant huit semaines, des accélérations en côtes sablonneuses. C’est une hausse supérieure de 4 % à celle d’un autre groupe d’athlètes qui a effectué un entraînement similaire, mais sur du gazon.

Une différence significative.

Comment tirer pleinement parti de ces informations? Mon conseil : intégrez systématiquement des surfaces instables dans leurs entraînements afin d’en potentialiser les effets. Ajoutez cet élément de difficulté supplémentaire aux 10, 15, voire 20 accélérations en côte que vous effectuez déjà lors de vos séances de course hebdomadaires. 

Simple et efficace. 

Autre suggestion : vous pouvez aussi faire des rues enneigées et des trottoirs accidentés vos alliés en y effectuant délibérément des efforts de durée et d’intensité variables. Bien que taxant mentalement, l’effort supplémentaire, correctement dosé, se traduira en gains intéressants pour la condition physique. 

Une manière comme une autre de se réconcilier avec la course l’hiver.