Qu’est-ce que l’anxiété d’affûtage et comment le vaincre ?

by | Mai 23, 2017 | 0 comments

Je m’apprête à courir un marathon, mon premier à vie. En théorie, je devrais être excité comme une gamine de 7 ans à l’idée de cocher cet élément central de ma bucket list sportive. En pratique toutefois, l’attente du jour J me fait chier. Solidement. Parce que je suis victime de l’anxiété d’affûtage.

Les athlètes d’endurance savent tout particulièrement bien de quoi je parle. Après des mois d’entraînement intense, à accumuler les kilomètres et à enchaîner les intervalles longs, courts, moyens, en côte, voici les deux dernières semaines du plan qui se pointent à l’horizon. Au menu : une diminution progressive de la charge d’entraînement afin d’atteindre un pic de performance lors de la compétition cible. Ou affûtage.

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Habitué à son fix quotidien d’opioïdes endogènes, dépendance rendue socialement acceptable par la nécessité de développer sa forme physique, le sportif enthousiaste doit délibérément réduire sa source primaire de plaisir. Bye bye les longues chevauchées en solitaire à pédaler (ou courir, ou nager) comme s’il n’y avait pas de lendemain. Au revoir douce ivresse de la fatigue, teintée du sentiment de devoir accompli, qui nous fait tomber dans les bras de Morphée dès qu’on pose la tête sur l’oreiller.

L’anxiété d’affûtage

Désormais, il faut plutôt se concentrer à « réduire le niveau de fatigue tout en maintenant le niveau de condition physique », comme disent les experts. À se reposer tout en essayant de continuer à aller vite, une démarche d’autant plus contre-intuitive qu’elle survient alors que le désir de se prouver – à soi-même et aux autres – est énorme.

Ajoutons au portrait tous les aléas normaux et prévisibles qui découlent du fait de rassembler des masses d’individus à un seul endroit à un moment au final assez aléatoire, et vous obtenez un terreau plus que fertile pour que se développe une bonne dose d’angoisse, de tiraillements intérieurs et d’humeur massacrante. C’est ça de l’anxiété d’affûtage, que les Anglos nomment « taper madness » ou PMS (« Pre-Marathon Syndrome »).

Que l’acronyme PMS partage les mêmes lettres que SPM est parfaite coïncidence. Ou non.

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Comment la vaincre?

Malheureusement, la science est assez muette quant aux moyens d’éviter l’anxiété d’affûtage. Un (rapide) tour d’horizon des quelques revues de la littérature sur le sujet de l’affûtage ne m’a pas permis d’apprendre grand-chose. La plus « parlante », publiée en 2004, conclut en gros que cette pratique permet de se sentir globalement mieux, réduit la perception de l’effort et améliore la qualité du sommeil. Intéressant, mais bien mince.

Ceux qui l’interprètent ne font guère mieux. Prompts à souligner qu’il faut faire un affûtage de 1 à 2 semaines, réduire le volume d’entraînement de 40 à 60 % et maintenir la fréquence hebdomadaire des séances ainsi que leur intensité globale, ils occultent complètement la question qui brûle toutes les lèvres : comment diable ne pas devenir débile dans le processus?

À peine mentionnent-ils, au détour d’un paragraphe : « By the way, tu vas à la fois être prêt à en chier et te sentir comme un lion en cage, mais c’est normal. Maintenant, laisse-moi te parler du fait que tu vas avoir le goût de manger comme un défoncé, mais que tu ne le devrais pas. »

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À défaut de règles claires, voici donc quelques principes. Les trucs et conseils suivants n’ont pas l’ambition de guérir l’anxiété d’affûtage, loin de là. Dans le meilleur des cas, ils vous aideront à en atténuer les symptômes.

Comprendre

Vous avez l’impression de perdre de la forme physique lorsque vous êtes en période d’affûtage? Vous n’avez pas la berlue : c’est bel et bien le cas. Ce qu’on appelle la forme physique n’est ni plus ni moins la capacité qu’a votre organisme de tolérer le stress qu’est l’exercice. Moins de stress, moins de tolérance. C’est aussi simple que ça.

C’est pourquoi il est recommandé de préserver l’intensité et la fréquence d’entraînement lors de l’affûtage. De cette manière, on ralentit le rythme du déconditionnement tout en offrant au corps l’opportunité de récupérer. En fait, l’affûtage est l’art de troquer le moins de forme physique possible contre le plus de repos possible, de manière à sortir gagnant de l’échange.

Un long laïus pour en arriver à mon point :

Comprendre pourquoi on s’impose délibérément un affûtage est essentiel pour être en mesure de le vivre un tant soit peu sereinement.

Déplacer

S’il est bien conçu, l’affûtage devrait s’accompagner d’une baisse d’environ 40 % à 60 % du volume d’entraînement moyen des 6 semaines précédentes. Pour une semaine d’entraînement « normale » de 10 heures, cela signifie donc que de 4 à 6 heures se retrouvent soudainement libres! La question : comment diable les meubler de manière intelligente? Non, Netflix n’est pas une réplique valable.

À Lire – 5 trucs pour mieux planifier son entraînement

La « bonne » réponse se résume en un seul mot : récupération. Plus que jamais, maintenant est le moment de se mettre en mode bichonnage de sa propre personne. Au mieux, vous vous présenterez reposé comme jamais sur la ligne de départ de votre compétition cible. Au pire, le simple fait de croire en une intervention et d’en attendre des bénéfices réels vous permettra de pousser un peu plus la machine lors de la date fatidique.

Dans un cas comme dans l’autre, vous êtes gagnant d’appliquer les trucs douillets suivants :

  • S’élever les jambes légèrement au-dessus du niveau du cœur;

  • Porter des vêtements de compression;

  • S’immerger en tout ou en partie dans un bain glacé;

  • Se brancher à un appareil de neurostimulation;

  • S’étirer, pratiquer des poses de yoga et s’échiner sur un rouleau en mousse;

  • Prendre rendez-vous pour une session de massothérapie.

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Relativiser

Votre performance, celle pour laquelle vous avez investi des heures d’entraînement, allant même jusqu’à vous extirper du lit au petit matin pour aller suer seul, sous la pluie et dans le froid. Oui, cette performance qui vous tient à cœur, tout le monde s’en crisse. Éperdument même.

Hormis pour de (très) rares exceptions, on ne joue jamais sa vie sur une performance sportive. En fait, on ne joue même pas sa pratique future d’un sport sur le temps qu’on réalisera. Outre une ridicule tache à son dossier Sportstats et quelques railleries de la part des copains, il n’y a pas de conséquence.

La planète continuera à tourner le lendemain et vous pourrez continuer à nager, pédaler et courir comme bon vous le semble.

Croyez-moi : un athlète du dimanche qui se rend compte qu’il est un athlète du dimanche se libère d’un poids incroyable.